Après l'acquittement de Donald Trump, la menace d'une mise en accusation de Kamala Harris

  
Le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham a menacé : si les conservateurs reprennent le contrôle de la Chambre des représentants, ils pourraient mettre en accusation la vice-présidente Kamala Harris.

Un acquittement prévu, avec tout de même des voix dissonantes chez les républicains, et la menace d'une revanche. Interviewé dimanche sur Fox News, le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham a menacé de mettre en accusation la vice-présidente Kamala Harris en cas de contrôle républicain de la Chambre des représentants après les élections de mi-mandat en 2022. «Nous avons ouvert la boîte de Pandore pour les futurs présidents» avec le procès de Donald Trump après la fin de sa présidence, a estimé le sénateur, se gardant bien de préciser que le procès a eu lieu après l'investiture de Joe Biden uniquement car le patron des sénateurs républicains Mitch McConnell avait refusé de les convoquer avant. «Si on suit ce modèle, je ne vois pas comment Kamala Harris ne sera pas mise en accusation si les républicains reprennent la Chambre, car elle a littéralement payé la caution d'émeutiers et l'un d'eux est retourné manifester et a fracassé le crâne de quelqu'un. Donc nous avons ouvert la boîte de Pandore et je suis triste pour le pays», a-t-il déclaré.

Une comparaison étonnante entre l'ancien président et la vice-présidente. Le premier a été mis en accusation par la Chambre des représentants pour avoir incité, par ses multiples accusations sans fondement de fraude électorale, ses partisans à envahir le Capitole pendant la certification des résultats de l'élection présidentielle par le Congrès. Lindsey Graham reproche à la seconde d'avoir soutenu le Minnesota Freedom Fund (MFF), une organisation créée en 2016 qui a récolté de l'argent pour payer la caution de manifestants arrêtés lors des protestations suite à la mort de George Floyd, en mai dernier. Le mois suivant, alors qu'elle n'était même plus candidate à la présidence et pas encore colistière de Joe Biden, Kamala Harris avait appelé sur Twitter les internautes à se cotiser pour «aider ceux qui manifestent sur le terrain dans le Minnesota». Parmi les personnes qui ont été remises en liberté après avoir vu leur caution payée par le MFF figurent certains criminels violents, alertaient dès l'été dernier certains médias américains -mais aucun n'a été directement remis en liberté grâce à Kamala Harris.

Lindsey Graham avait déjà agité cette possibilité au début du mois, toujours à l'antenne de Fox News. Il menaçait les démocrates en cas de convocation de témoins : «S'ils veulent poursuivre dans cette direction et appeler des témoins, faire traîner ce truc, il serait juste de diffuser la vidéo de Kamala Harris dans laquelle elle libère des personnes de prison. Que pouvez-vous faire de plus pour inciter des violences futures que de payer la caution de personnes qui ont cassé des magasins et violenté des policiers ? Comment cela ne peut-il pas être de l'incitation à la violence ? Faites attention à ce que vous souhaitez, mes collègues démocrates, faites attention à ce que vous souhaitez.» Samedi, l'accord pour entendre des témoins a été torpillé par une autre menace des républicains : celle de ralentir les auditions de confirmation des nommés de l'administration Biden en représailles, à l'image de Merrick Garland, nommé juge à la Cour suprême par Barack Obama en 2016 et que ls sénateurs républicains ont refusé d'entendre, empêchant son entrée au sein de la Cour. Joe Biden l'a nommé ministre de la Justice.

Lara Trump, "le futur du parti républicain"

Ce procès en destitution a bien montré les fêlures profondes au sein du parti républicain, qui pourraient être durables. En témoignent les propos de Mitch McConnell qui a estimé, comme certains de ses collègues, qu'il n'était constitutionnel de destituer un ancien président tout en accusant l'ancien président d'avoir eu un rôle prépondérant dans l'invasion du Capitole : «Les actions de l'ancien président Trump qui ont précédé l'émeute étaient un abandon honteux, honteux de ses fonctions. Trump est dans les faits et moralement responsable d'avoir provoqué les événements de ce jour», a-t-il accusé dimanche, alors que sept républicains avaient la veille voté pour condamner le milliardaire.

Les conséquences envers les républicains «anti-Trump» ont déjà été appliquées : à l'image de Liz Cheney, sanctionnée par l'antenne locale du parti républicain du Wyoming après avoir voté pour la mise en accusation de Donald Trump, le sénateur Bill Cassidy l'a été également par le parti en Louisiane pour avoir voté en faveur de la condamnation de Donald Trump. La crainte d'une primaire face à un candidat trumpiste semble avoir refroidi de nombreux sénateurs, comme le montre le profil des sept qui ont voté pour sa culpabilité samedi : Pat Toomey (Pennsylvanie) et Richard Burr (Caroline du Nord) ne craignent pas de défaite électorale puisqu'ils prendront leur retraite à l'issue de leurs mandats en 2022 ; Bill Cassidy (Louisiane), Ben Sasse (Nebraska) et Susan Collins (Maine) sont tous trois fraîchement réélus pour six ans ; Mitt Romney (Utah), opposant de longue date à Donald Trump, ne se représentera qu'en 2024. Seule Lisa Murkowski (Alaska) pourrait craindre une primaire rapidement puisque son mandat, ponctué de plusieurs oppositions à Donald Trump qui ne s'étaient jamais jusque-là autant exprimées, s'achève en 2022.

Lindsey Graham a incité Lara Trump, la belle-fille de l'ancien président, à se présenter au poste de sénatrice de Caroline du Nord à la place de Richard Burr, actuel élu républicain qui a voté pour condamner Donald Trump. «Mon ami Richard Burr vient de faire de Lara Trump la candidate certaine au mandat de sénatrice de Caroline du Nord pour le remplacer si elle se présente», a-t-il estimé de la native de l'État, épouse d'Eric Trump qui s'est beaucoup impliquée dans la campagne de 2020. Elle représente «le futur du parti républicain», a-t-il poursuivi, représentante du trumpisme dont il avait pourtant prédit qu'il «détruirait» le parti si Donald Trump en était le candidat en 2016. «Je suis pour la gagne», a-t-il ajouté, expliquant sa volte-face et menaçant tout républicain d'être «rayé» en cas d'opposition à Donald Trump. «Le mouvement Trump est vivant et se porte bien. Tout ce que je peux dire est que la force la plus puissante du parti républicain est le président Trump», a-t-il complimenté l'ancien président qui, privé de réseaux sociaux, ne s'est exprimé qu'à travers un communiqué de presse diffusé par son bureau.

Par parismatch.com