États-Unis: la frustration monte au sein de la gauche du parti démocrate

  
Cela fait plus d’un mois que le nouveau président américain Joe Biden a pris les rênes de la Maison Blanche, soutenu par une majorité des démocrates au Congrès. Mais entre l’aile centriste et l’aile gauche du parti, les différences commencent à se faire sentir. Les progressistes ne cachent pas leur frustration à propos de certaines décisions de Joe Biden.

Que ce soit sur le salaire minimum, la dette des étudiants ou la politique climatique, l’aile gauche du parti démocrate fait pression sur l’administration Biden. Sans grand succès pour l’instant, d’où une certaine frustration chez les progressistes, note Achim Lippold, du service International de RFI. S’ils soutiennent le gigantesque plan de relance dans son ensemble, ils essaient toutefois de trouver une alternative pour encourager la hausse du revenu minimum de 7,25 à 15 dollars d'ici 2025. Une mesure que les démocrates ont dû abandonner pour faire passer le projet de loi au Sénat.

En effet, pour assurer l'adoption au Sénat du plan de relance à la majorité simple, les démocrates utilisent la procédure de la « réconciliation budgétaire ». Une procédure qui nécessite l'approbation de la gardienne des procédures dans la chambre haute du Congrès, Elizabeth MacDonough, aussi appelée en anglais « parliamentarian ». Elle n'est pas élue mais nommée par le chef de la majorité sénatoriale - en l'occurrence le démocrate Harry Reid en 2012. Ce mercredi, elle a déclaré que la hausse du salaire minimum contrevenait à la « loi Byrd » qui interdit d'inclure des clauses « externes » aux impôts et dépenses stricto sensu dans le budget d'une législation à voter selon la « réconciliation ».

Déçu, Joe Biden a fait savoir qu'il se plierait quand même à la règle et tenterait de faire voter séparément la hausse du salaire minimum. Légalement, sa vice-présidente Kamala Harris peut passer outre l'avis d'Elizabeth MacDonough, mais elle s'abstiendra de le faire. Ce qui ne passe pas chez les démocrates progressistes.

Fissures refoulées depuis la présidentielle

« La Maison Blanche et la majorité au Sénat peuvent et doivent inclure la hausse du salaire minimum dans la loi, s'est insurgée Pramila Jayapal, représentante de l'État de Washington. Nous ne pouvons tout simplement pas revenir vers nos électeurs noirs, asiatiques-américains, amérindiens, pauvres ou ouvriers qui nous ont offert la Maison Blanche et la majorité au Sénat, et leur dire qu'une parlementaire non élue nous informe - sur la base de règles obscures - que nous ne pouvons pas augmenter le salaire minimum comme alors que nous l'avons promis. »

C'est le point de d'achoppement qui pourrait faire éclater la frustration de l'aile gauche à l'égard de l'administration centriste de Joe Biden. Les progressistes grondent aussi contre une autre procédure : le « filibuster » ou obstruction parlementaire, soit la possibilité de retarder le plus possible l'adoption d'une loi, par des discours sans fin mais aussi par un vote à la majorité qualifiée de 60 sénateurs sur 100 - ce qui implique de rallier au moins 9 républicains à la cause des démocrates.

« Abolissez l'obstruction, remplacez la parlementaire non élue, tonne Ilhan Omar, députée du Minnesota. Les républicains ne se laissent pas barrer la route par quiconque lorsqu'il s'agit de faire voter leurs lois en faveur des entreprises et contre le peuple. Nous devons nous battre avec acharnement pour le peuple américain et ne pas nous cacher derrière l'arrêté d'une parlementaire non élue. Il est temps de prendre l'initiative. On dit souvent aux progressistes de "rentrer dans le rang". Il est temps de dire aux modérés de "rentre dans les rang". »

Peu à peu, d'autres fissures refoulées apparaissent dans la majorité démocrate. Le problème pour l'aile gauche du parti ne vient pas seulement de Joe Biden, mais de l'aile droite. Même si le président décidait de passer outre l'avis de la "parliamentarian" et d'inclure la hausse du salaire minimum dans le plan de relance, il ne ferait sans doute pas le plein des voix des 50 sénateurs démocrates. Deux d'entre eux s'y opposeraient : Joe Manchin de Virginie-Occidentale, qui a proposé une hausse plus réduite, et Kyrsten Sinema de l'Arizona, qui ne veut pas d'une augmentation du budget de relance.

Candidate trop centriste

Autre pomme de discorde : la dette des étudiants. Pour certains députés de l’aile gauche, mais aussi Elizabeth Warren et Chuck Schummer, le chef de la majorité démocrate au Sénat, le gouvernement doit faire plus d’efforts pour la réduire. La députée progressiste de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, réclame une annulation à hauteur de 50 000 dollars. Joe Biden, lui, ne veut pas aller au-delà de 10 000.

Par ailleurs, un conflit insidieux se profile entre les deux courants de la majorité : la nomination de Neera Tanden, candidate du président pour diriger le budget à la Maison Blanche. Aux yeux des progressistes, elle est trop centriste : un sénateur démocrate s’est déjà opposé à sa confirmation. Sans aide des républicains, la candidate du président ne passerait donc pas, ce marquerait un premier revers pour le nouveau président américain.

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