L’avocat chinois emprisonné Yu Wensheng reçoit un prix prestigieux pour les droits humains

 L'avocat Yu Wensheng est détenu depuis 2018 par les autorités chinoises. Ici, des manifestants brandissent sa photo lors d'un rassemblement à Hong Kong, en 2018. 
Harcelés, arrêtés, radiés du barreau et condamnés à de lourdes peines de prisons : c’est le lot de bon nombre d’avocats en Chine qui osent défendre les droits humains et réclamer l’État de droit, comme Yu Wensheng. Jeudi 11 février, la Fondation Martin Ennals, à Genève lui a décerné son prestigieux prix pour rendre hommage au courage de cet avocat détenu à Nanjing.  

Yu Wensheng n’a jamais eu peur de défier le régime communiste. L’avocat se fait connaître en 2014, lorsqu’il est arrêté et torturé en prison après avoir apporté son soutien au mouvement pro-démocratie à Hong Kong.

Il devient l’invité du soir de plusieurs ambassades étrangères à Pékin, pour parler de son combat contre la peine de mort et des droits de l’homme, bafoués dans une Chine de plus en plus autoritaire. Alors cet homme jovial, mais déterminé, s’attire à nouveau les foudres du gouvernement en 2015, lorsqu’il ose défendre ses collègues victimes de la vague de répression « 709 », quand plusieurs centaines d’avocats sont arrêtés.

Le 19 janvier 2018, Yu Wensheng est à nouveau interpellé en pleine rue. Il vient de publier une lettre ouverte dans laquelle il demande des élections libres. Radié du barreau et jugé à huis clos en 2019, il est alors condamné à quatre ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Inquiètude des proches

Aujourd’hui, Yu Wensheng est détenu à Nanjing, à plus d’un millier de kilomètres de sa famille qui se dit inquiète de son état de santé. Pour son épouse Xu Yan, ce prix 2021 de la Fondation Martin Ennals est un « encouragement pour tous les autres défenseurs chinois des droits humains à poursuivre leur travail malgré les épreuves », a-t-elle dit dans un message adressé à RFI. 

Plus exercer son métier, et sa famille se trouve ainsi dans une situation financière difficile. »

C’est un coup dur, sans parler des tortures. Dans le cas de mon mari, Yu Wensheng, sa main est tellement blessée qu’il n’arrive même plus à écrire. Il a aussi perdu quatre dents. Souvent, on ne le laisse pas manger à sa faim. Comme j’ai fait de mon mieux pour défendre ses droits, alors moi aussi j’ai été, à plusieurs reprises, soit convoquée au poste de police, soit empêchée de sortir de chez moi. Sept camera ont été installés près de chez moi. Quand je sors, je suis parfois suivie et filmée. Mais tant qu’il n’est pas rentré à la maison, je vais continuer à réclamer justice pour lui. Je remercie tous ceux qui nous ont soutenus ces trois dernières années.

Par RFI