Ethiopie : le Haut-commissariat aux droits de l’homme réclame un accès au Tigré pour enquêter sur les crimes de guerre

 Ethiopie : le Haut-commissariat aux droits de l’homme réclame un accès au Tigré pour enquêter sur les crimes de guerre  
Depuis le début du conflit opposant Addis-Abeba au TPLF, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer des cas de violation des droits de l’homme au Tigré. Le 26 février 2021, un rapport d’Amnesty International accusait les armées éthiopienne et érythréenne de crimes de guerre dans la région.

La Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet (photo), souhaite obtenir un accès à la région éthiopienne du Tigré pour enquêter sur d’éventuels crimes de guerre. C’est ce qu’a annoncé la responsable dans un communiqué publié ce jeudi 4 mars 2021.

D’après l’ancienne présidente chilienne, il est urgent d’évaluer de façon objective et indépendante les faits qui se déroulent sur le terrain, compte tenu des rapports persistants de plusieurs organisations selon lesquels de graves violations et abus des droits de l'homme y sont commis.

« Des rapports très inquiétants de violence sexuelle et sexiste, d'exécutions extrajudiciaires, de destruction et de pillage généralisés de biens publics et privés par toutes les parties continuent à nous être communiqués, ainsi que des rapports sur la poursuite des combats dans le centre du Tigré en particulier […] Des informations crédibles continuent également d'apparaître concernant de graves violations des droits de l'homme et du droit humanitaire par toutes les parties au conflit du Tigré en novembre 2020 », a indiqué Michelle Bachelet.

Et d’ajouter : « sans des enquêtes rapides, impartiales et transparentes et sans que les responsables aient à rendre des comptes, je crains que des violations continuent d'être commises en toute impunité et que la situation reste instable pendant longtemps ».

Depuis le 4 novembre 2020 qui marque le début de l’offensive militaire des troupes fédérales éthiopiennes contre le TPLF, le Tigré est le théâtre de violences qui ont poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir le pays et fait plus de 470 000 déplacés selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

La déclaration de Mme Bachelet intervient quelques jours après la publication d’un rapport d’Amnesty International accusant l’armée érythréenne d’avoir massacré des « centaines de civils » en novembre 2020 avec la complicité d’Addis-Abeba.

Alors que le pays du Négus s’est toujours défendu d’avoir fait appel à son voisin et ancien ennemi érythréen pour mater la rébellion au Tigré, Amnesty dit avoir recensé les noms de plus de 240 victimes des exactions des deux armées, sur la base de témoignages. Ces derniers jours, plusieurs pays ont appelé à lever le flou sur ce qui se passe au Tigré. Dans le cadre d’un forum d’échanges organisé par la Hoover Institution, le président rwandais Paul Kagame avait appelé à une action concertée de l’ONU et de l’Union africaine sur la situation.

« En fait, le problème est que le conflit a été écarté du reste du monde. Les gens ne savent pas vraiment ce qui s’y passe, à part la misère des personnes que nous voyons traverser la frontière pour fuir au Soudan » avait-il déclaré ».

Et d’ajouter : « la situation devient de plus en plus inquiétante. […] Je pense que la nouvelle administration des USA, l’ONU ou d’autres parties devraient penser à ce qu’ils pourraient faire en collaboration avec les pays africains. […] Quelque chose doit être fait pour régler la situation parce que d’ici 1 ou 3 ans, nous risquons de voir la situation devenir encore plus difficile à gérer ».

Moutiou Adjibi Nourou

Par Agence Ecofin