Le trafiquant Pablo Escobar a réussi grâce à la corruption

 Le trafiquant Pablo Escobar a réussi grâce à la corruption 
Plutôt que de lutter contre le trafic de cocaïne, c’est à la corruption qui rend les criminels si puissants qu’il faut s’attaquer, soutient le fils du défunt baron colombien de la drogue Pablo Escobar.

« Je n’ai jamais entendu mon père se plaindre que la cocaïne était illégale. Ça lui faisait faire des millions », laisse tomber Juan Pablo Escobar.

Le Journal s’est entretenu avec celui qui a désormais changé son nom pour Sebastian Marroquin, en marge de la publication de son second livre, Ce que mon père ne m’a jamais dit, qui sera en librairie mercredi.

Ce second ouvrage est composé d’entrevues faites avec des ennemis du célèbre trafiquant sud-américain et avec certains de ses acolytes, qui connaissaient les secrets les mieux gardés du baron de la coke colombien.

Au cœur de sa démarche journalistique pour rendre compte de la véritable histoire de son père, un constat demeure pour Juan Pablo Escobar : le problème, c’est la corruption.

« Mon père était un homme très intelligent, mais il y avait beaucoup de corruption derrière son succès. Ce n’est pas l’histoire d’un fermier, qui soudainement devient le plus grand trafiquant de cocaïne tout seul », explique l’auteur de 44 ans, joint à Medellín, en Colombie.

La couverture du deuxième livre.

La couverture du deuxième livre.

Juan Pablo Escobar ne s’en est jamais caché : il est favorable à la légalisation des drogues.

« Je ne suis pas en train de dire que les drogues, c’est bien, insiste-t-il. Mais ça fait 100 ans qu’on essaie la prohibition et ça ne fonctionne pas. Ça amène seulement plus de trouble, plus de guerre, plus de morts. Des jeunes garçons sont prêts à se battre, à s’entretuer pour un bout de territoire. »

Comme la pizza

« Si l’on interdisait la pizza, sa qualité baisserait, puisque l’État ne pourrait plus la contrôler, et son prix augmenterait, ainsi que les marges de ceux qui oseraient “dealer” la napolitaine. [Il] y a tellement de gens qui mangent de la pizza que la demande continuerait de grandir et que finalement beaucoup iraient jusqu’à tuer pour contrôler le marché », écrit-il.

Lors de ses recherches, le fils a été surpris de constater à quel point les tentacules de son père étaient longs et multiples. Policiers, politiciens, agents des douanes, simples paysans : tous étaient redevables à El Patron.

Le tout-puissant baron colombien a notamment réussi à soudoyer bon nombre d’agents fédéraux américains pour mener à bien son trafic international. « L’Amérique latine est toujours accusée d’être derrière le problème [de corruption]. Mais ceux qui disent ça participent au système. La DEA [Drug Enforcement Administration] n’a jamais dit qu’elle mettrait fin au trafic [aux États-Unis] », laisse-t-il entendre.

Juan Pablo Escobar est même d’avis que la corruption est « encore pire » maintenant que lors de l’assassinat de son père, en 1993. 

Ne pas suivre le chemin de « Super Pablo »  

Des scènes comme celle-ci, tirée de la série <em>Narcos</em>, donnent un mauvais exemple aux jeunes.

Des scènes comme celle-ci, tirée de la série Narcos, donnent un mauvais exemple aux jeunes.

Les séries télé qui glorifient Pablo Escobar, comme la populaire Narcos produite par Netflix, donnent un très mauvais exemple aux jeunes tentés d’emprunter le chemin criminel.

« Je ne suis pas contre le fait qu’ils racontent son histoire. Je suis contre le fait qu’ils le présentent comme un Super Pablo. Ça incite les gens à faire comme lui. [Les compagnies] peuvent faire autant de millions $ en racontant une histoire qui donne une leçon différente », dit Juan Pablo Escobar.

Ce dernier affirme avoir reçu des messages provenant de jeunes du monde entier après la sortie du docu-fiction Narcos. Beaucoup se résumaient à cette simple requête : « Je veux être comme Pablo Escobar, dis-moi comment faire », décrit-il.

En exil

Or, le fils du baron colombien de la drogue a tout fait pour ne pas suivre les traces sanglantes de son père.

Pour avoir la vie sauve, il a même dû renier l’héritage de son père – tant ses millions $ que ses propriétés, en passant par la possibilité de vivre dans le pays qui l’a vu naître. Sa famille a été contrainte de s’exiler en Argentine.

Pour Juan Pablo Escobar, la voie criminelle ne peut mener qu’à deux fins : la prison ou la mort.

Il est faux de croire que son père n’a jamais souffert et que sa vie n’était que luxe, popularité et débauche.

Lorsqu’il a écrit son premier livre intitulé Mon père, les réactions étaient tout autres. « Les gens me disaient : “Je n’aurais jamais pensé que votre vie était comme ça.” Ceux qui veulent devenir trafiquant pensent qu’ils auront tout ce qu’ils veulent, mais c’est le contraire, ils perdront plutôt tout », résume Juan Pablo Escobar. 

La déchéance d’El Patron 

Pablo Escobar en motomarine sur sa propriété de l’Hacienda Napoles, en Colombie.

Pablo Escobar en motomarine sur sa propriété de l’Hacienda Napoles, en Colombie.

Certes, Pablo Escobar a connu des années de gloire, où tout lui était permis. Mais vers la fin de sa courte vie, il était loin de se prélasser librement en prenant du bon temps.

Après le déclenchement de la guerre entre le cartel de Medellín et ses ennemis de Cali, le baron colombien de la drogue était traqué de toutes parts. Il est mort seul et complètement impuissant, relate son fils dans son second livre.

« En d’autres termes, [la cousine de mon père] Luz voyait un Pablo Escobar défait par l’impuissance de ne pouvoir protéger sa famille. [...] [Dans] ses derniers instants, mon père s’entêta à parler avec nous, une obsession qui causa sa perte [car ses appels étaient épiés]. À ce moment fatal, mon père savait pertinemment que ses options étaient épuisées et il ne faisait plus aucun doute qu’il devait choisir entre sa vie et celle de ses êtres les plus chers. »  

Argent caché dans des électros 

Le cartel de Medellín ne manquait pas d’originalité pour retourner l’argent en Colombie.

Le cartel de Medellín ne manquait pas d’originalité pour retourner l’argent en Colombie.

Le trésorier du cartel de Medellín avait de l’imagination à revendre pour envoyer les profits de la vente de cocaïne jusqu’en Colombie.

Après avoir fait transiter l’argent dans les bagages à main de courriers humains, l’homme de confiance d’Escobar a dû se réinventer avec l’augmentation des contrôles douaniers et bancaires. Voici une anecdote tirée du récit de celui qui était surnommé Quijada.

« Ce fut une opération gigantesque, car Quijada achetait machines à laver, congélateurs, réfrigérateurs et autres fours à micro-ondes et les envoyait remplis de dollars à travers une entreprise d’exportation domiciliée à Tampa, en Floride. » 

La prolifique route de la coke 

On surnommait « route du train » le chemin par lequel transitait la cocaïne.

On surnommait « route du train » le chemin par lequel transitait la cocaïne.

La « route » utilisée par les narcotrafiquants pour envoyer la poudre blanche de la Colombie vers les États-Unis était si prolifique que 64 tonnes de cocaïne y ont transité entre 1986 et 1989 seulement, générant 768 M$ de revenus. Surnommée « la route du train », en raison de sa rapidité et de son efficacité, elle n’a jamais été découverte par les autorités, mais de nombreux détails sont dévoilés dans le livre.

« Alors, cinq 4x4 Suzuki parcouraient Medellín pour ramasser les mules qui allaient voyager et les emmenaient à “la maison de la sorcière”, où les hommes de mon père les attendaient avec la drogue empaquetée dans des valises de tailles et de couleurs différentes et sans aucun signe distinctif particulier. » 

Le fils d’une victime de Pablo Escobar lui pardonne 

Juan Pablo Escobar a pris une photo lors de sa rencontre avec Aaron Seal, le fils de l’agent infiltré Barry Seal, tué sur ordre du baron de la coke.

Juan Pablo Escobar a pris une photo lors de sa rencontre avec Aaron Seal, le fils de l’agent infiltré Barry Seal, tué sur ordre du baron de la coke.

Barry Seal était un pilote américain qui a longtemps transporté de la drogue dans sa flotte d’avions surnommée « Marihuana Air Force ».

Il a aussi volé pour le compte de Pablo Escobar, mais l’a trahi en donnant des informations sur son trafic à la redoutable DEA (Drug Enforcement Administration). Seal a photographié El Patron aidant à charger des valises de coke dans un avion sur une piste d’atterrissage du Nicaragua.

Un geste qui lui coûta la vie, deux ans plus tard.

Il y a cinq ans, Juan Pablo Escobar et Aaron Seal, le fils de Barry, se sont vus pour faire la paix.

C’est le second qui a approché le premier avec ces paroles : « Je veux simplement que tu saches que cela fait bien longtemps que j’ai pardonné à ton père d’avoir financé l’assassinat du mien. »

Ce à quoi le fils de Pablo Escobar a répondu : « Je suis profondément désolé pour ta perte et tes souffrances. Je te demande pardon, moi aussi, au nom de mon père. »

Par tvanouvelles.ca