Covid-19. Pourquoi l’épidémie est-elle hors de contrôle en Inde ?

 Des pèlerins indiens se baignant dans le Gange, dans le cadre du Kumbh Mela, le 12 avril 2021. 
Depuis plusieurs semaines, l’Inde est en proie à une très vive recrudescence de l’épidémie de Covid-19. Si les causes précises de cette flambée épidémique sont encore difficiles à cerner, plusieurs éléments ont clairement favorisé la propagation du virus dans le sous-continent indien.

« La situation était sous contrôle il y a quelques semaines encore, et la deuxième vague est arrivée comme un ouragan. » Le 21 avril, Narendra Modi, le Premier ministre indien, résumait ainsi la façon dont son pays a vu réapparaître le Covid-19. Brutalement, après des semaines d’accalmie.

Au début de l’année, le virus semblait presque oublié en Inde. « Depuis un mois, on a l’impression de vivre comme avant la pandémie », savourait ainsi, en février, Devansh, un habitant de Bangalore interrogé par Ouest-France.

Et puis tout a déraillé. Depuis plusieurs semaines, l’Inde voit en effet le nombre de contaminations repartir fortement à la hausse. Selon les données compilées par Our World in Data, l’Inde a enregistré 349 000 cas le 24 avril, contre moins de 15 000 cas par jour début mars.

Flambée épidémique

Du fait de la taille du pays, ces chiffres sont déjà impressionnants. Mais ils ne refléteraient pourtant qu’une partie infime de la réalité, comme l’indique Jean-Joseph Boillot, économiste et spécialiste de l’Inde, à RFI : « Il est étonnant que l’on continue de reprendre des chiffres officiels, dont on sait qu’il faut les multiplier par 30 pour le nombre de cas. »

Difficile de se faire une idée de l’ampleur réelle de l’épidémie en se basant uniquement sur les chiffres du nombre de contaminations. Idem pour ceux concernant les décès, une enquête du Financial Times ayant pointé que ceux-ci étaient beaucoup plus nombreux que ne le montrent les chiffres officiels.

En revanche, le taux de positivité des tests, beaucoup moins sujet à caution car ne dépendant pas du nombre de tests, illustre bien la façon dont l’Inde a été saisie par cette nouvelle vague épidémique. Le graphique ci-dessous montre que le taux de personnes positives parmi les personnes testées a bondi dans le sous-continent et est désormais largement supérieur à celui de nombreux autres pays.

Comment expliquer une telle flambée ? Ces derniers jours, plusieurs éléments d’explications ont été avancés.

Le variant indien en cause ?

L’Inde a vu ces derniers mois émerger sur son territoire un nouveau variant du Covid-19, nommé scientifiquement « B.1.617 ». Ce variant indien est appelé « double mutant » car deux de ses mutations ont déjà été observées : chez le variant californien pour la première, chez les variants brésilien et sud-africain pour la deuxième. Et ces deux mutations peuvent s’avérer très problématiques.

« Certaines des mutations qu’il porte […] pourraient être associées à une contagiosité plus élevée, voire à un échappement immunitaire », résumait ainsi au Huffington Post , Samuel Alizon, directeur de recherche au laboratoire maladies infectieuses et vecteurs du CNRS.

Lire aussi. Covid-19. Que sait-on du variant indien, ce « double mutant » qui inquiète ?

Toutefois, même si Santé publique France notait dans un point sur les variants du Covid-19 que l’apparition de ce variant en Inde « coïncide avec une situation épidémiologique très défavorable », l’agence explique aussi qu’il était probable que la « dégradation de la situation sanitaire soit au moins en grande partie due aux nombreux grands rassemblements qui ont eu lieu récemment partout dans le pays ».

De nombreux rendez-vous électoraux

Car malgré la pandémie, l’Inde, la plus grande démocratie du monde, a continué à organiser des élections dans différentes régions.

Nombre d’entre elles ont eu lieu au début du mois d’avril et ont donc légitimé la tenue de meetings électoraux dans le courant du mois de mars. Autant d’événements qui ont pu favoriser les contaminations.

Le septième round des élections dans l’Ouest-Bengale est même organisé ce lundi 26 avril, comme le relate le Times of India .

Des rassemblements religieux à risques

Autre type de rassemblements ayant pu favoriser la diffusion du virus en Inde : les rassemblements religieux et notamment l’un d’entre eux, le Kumbh Mela.

Les images de ce pèlerinage, considéré comme le plus important du monde car réunissant des millions de personnes, avaient surpris, à la mi-avril. Et pour cause, durant le Kumbh Mela, les Hindous sont invités à aller se baigner dans le Gange pour se laver de leurs pêchés.

Une pratique au cours de laquelle il est difficile de faire respecter les mesures de distanciation sociale, comme le notait la police locale dans un article de l’ Hindustan Times .

Un relâchement global

Plus globalement, Santé publique France laissait entendre dans son point du début du mois d’avril que l’explosion épidémique en cours en Inde serait aussi liée à « une faible adoption des mesures de prévention par la population générale » et donc à un grand relâchement dans l’application des gestes barrières au quotidien.

Comme le rapporte le Times of India, des experts ont également alerté ce lundi 26 avril sur la nécessité pour les Indiens d’arrêter de cracher dans la rue, cette pratique pouvant favoriser la diffusion du virus.

Par ailleurs, les autorités semblent avoir moins bien préparé le pays à cette seconde vague. C’est en tout cas ce qu’a affirmé à Ouest-France le docteur Taha Mateen, directeur de l’hôpital privé HBS de Bangalore : « Contrairement à la vague de 2020, il n’y a plus de quarantaine, plus de traçage des contacts, plus de centre d’isolement​. »

Des hôpitaux débordés

Si l’amont défaille, c’est aussi le cas de l’aval. Car l’ampleur de la crise, visible dans le nombre de contaminations, est démultipliée par le fait que les hôpitaux indiens ne peuvent pas gérer l’afflux de malades.

Des témoins interrogés par l’AFP décrivaient ainsi ces derniers jours des couloirs encombrés de lits et de brancards occupés par deux ou trois personnes, et des familles suppliant en vain pour obtenir une place pour leurs proches mourants.

La crise vécue par les hôpitaux indiens est si frappante qu’elle a poussé la communauté internationale à se mobiliser pour venir en aide au sous-continent. Reste à savoir si l’aide promise sera suffisante.

Par Ouest-France.fr