Birmanie : au moins cinq opposants à la junte tués lors d'affrontements

 Des manifestants tiennent des pancartes indiquant : "Restez fort Mindat, Hpakant est derrière vous" pour soutenir la ville de l'État de Chin, le 16 mai 2021. 
Au moins cinq rebelles de l'opposition ont été tués dans des affrontements dans la ville de Mindat, en Birmanie, a affirmé, dimanche, une milice anti-junte, tandis que le Royaume-Uni et les États-Unis ont condamné les violences de l'armée contre les civils.  

"Au moins cinq de nos membres ont été tués et plus de dix blessés" dans des affrontements, a déclaré, dimanche 16 mai, un porte-parole de la Chinland Defence Force (CFD), une milice anti-junte de la ville de Mindat, dans le nord-ouest de la Birmanie, devenue le point névralgique des troubles dans le pays. Les ambassades du Royaume-Uni et des États-Unis ont condamné les violences de l'armée contre les civils.

Le porte-parole de la CDF a déclaré à l'AFP que cinq habitants de Mindat ont également été arrêtés par l'armée. Selon ce dernier, qui ne souhaite pas être identifié, les combattants de la milice ont mis le feu à plusieurs camions de l'armée et tendu une embuscade aux troupes venues en renfort, alors que les militaires avaient attaqué la ville à l'artillerie.

Dimanche, les CDF se sont retirées dans la jungle. "Nous n'avons que des armes artisanales. Ce n'était pas suffisant.", a-t-il déclaré, "mais nous reviendrons bientôt attaquer".

Il a ajouté que les habitants restés à Mindat, sous la loi martiale depuis jeudi, avaient peur de sortir de chez eux par crainte d'être pris pour cible par les militaires.

Loi martiale à Mindat

La junte militaire, qui a pris le pouvoir et placé en détention la dirigeante élue Aung San Suu Kyi, a imposé, le 13 mai, la loi martiale à Mindat, ville de plus de 40 000 habitants située à une centaine de kilomètres de la frontière avec l'Inde, et intensifié depuis lors des attaques contre ceux qu'elle appelle "des terroristes armés".

Selon Reuters, les forces birmanes ont combattu, samedi, des opposants armés locaux dans la ville de Mindat, pour tenter de réprimer la rébellion contre le coup d'État militaire.

"Nous fuyons pour sauver nos vies", a déclaré à Reuters un habitant de Mindat. "Il y a environ 20 000 personnes piégées dans la ville, la plupart sont des enfants et des personnes âgées", a-t-il ajouté.

Ces affrontements se rangent parmi les plus violents depuis le coup d'État militaire du 1er février qui a plongé le pays dans le chaos.

Les généraux birmans ont renversé, le 1er février, le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi, déclenchant un vaste mouvement de protestation avec des manifestations quotidiennes, des grèves et des actes de sabotage que les autorités ont cherché à réprimer par la force.

Des rebelles ont créé des milices locales équipées d'armes artisanales pour protéger leurs villes contre les forces de sécurité, qui ont tué au moins 790 civils, selon un groupe de surveillance local.

Les données mobiles étant bloquées dans tout le pays, les informations sur les combats mettent du temps à sortir, et la vérification sur le terrain est rendue plus difficile, les habitants craignant les représailles.

Le journal d'État New Light of Myanmar a rapporté, dimanche, qu'un tribunal militaire serait convoqué pour juger les "auteurs d'attaques terroristes" à Mindat.

Violences de l'armée contre les civils

Les ambassades des États-Unis et du Royaume-Uni ont appelé, samedi, les forces de sécurité à cesser les violences contre la population dans la ville. "L'usage par l'armée d'armes de guerre contre des civils, y compris cette semaine à Mindat, est une nouvelle démonstration des extrémités auxquelles le régime est prêt à s'abaisser pour se maintenir au pouvoir", a dénoncé l'ambassade américaine dans un tweet.

L'ambassade britannique a, elle, jugé que la violence à Mindat "ne peut être justifiée". "Les preuves d'atrocités doivent être envoyées au (mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies pour la Birmanie) afin que les auteurs puissent être tenus responsables", a-t-elle tweeté.

L'ONU avait déjà mis en garde contre de possibles crimes contre l'humanité commis à l'encontre de la population.

Par France 24 Avec AFP et Reuters