Covid-19 : l'objectif "de tomber le masque à la fin de l'été" suscite l'incompréhension des médecins

  
Les médecins redoutent une rentrée scolaire sans masque, alors que la vaccination des plus jeunes n'est pas prévue avant l'automne.

"Tomber le masque à la fin de l'été". C'est l'objectif annoncé par le professeur Alain Fischer, le 'Monsieur vaccin' du gouvernement, lorsqu'il a été interrogé par un lecteur du Parisien sur le sujet. Un objectif lancé après avoir rappelé que "pour sortir de cette épidémie, le système repose sur deux pieds : celui de la vaccination et celui des mesures physiques et de distanciation. Si tout le monde y met du sien, des politiques aux professionnels de santé à la population, on devrait y parvenir".

Une déclaration sur la fin du port du masque en septembre prochain qui laisse perplexe de nombreux scientifiques. "C'est prendre un pari, comme le gouvernement aime à le faire. Je me demande si le professeur Fischer a perdu le sens de ce qu'est un bon scientifique", déplore Matthieu Calafiore, médecin généraliste, qui dénonce une déclaration "plus politique que scientifique".

"Attention à ne pas de donner de faux espoirs"

S'il valide l'objectif de se "débarrasser du masque", le médecin ne comprend pas pourquoi fixer un terme difficilement réalisable. "Dire 'à la fin de l'été' sans se reposer sur aucun fondement scientifique, aucun modèle, je ne comprends pas. Attention à ne pas donner de faux espoirs aux gens. Si le port du masque est finalement maintenu à l'automne, ça va renforcer l'idée de 'dictature sanitaire' chez certains, et on va repartir dans un cycle de défiance", redoute le médecin également membre du collectif Du côté de la science.

Une sortie sur ce sujet d'autant plus étonnante que le débat est concentré ces derniers jours sur l'utilité du port du masque en extérieur. Imposé depuis la fin de l'été 2020 dans de nombreuses villes pour une utilité très contestée, seules quelques communes ont décidé, de manière très localisée, d'y mettre fin comme sur les plages des Alpes-Maritimes. Le port du masque obligatoire en extérieur reste toujours en vigueur dans de très nombreuses villes du pays.

"Abandonner le masque à l'extérieur ? Oui"

"Si la phrase avait été 'l'objectif est d'abandonner le masque en extérieur d'ici la fin de l'été', j'aurais salué l'idée précisant même qu'on peut l'abandonner dès maintenant, sauf à de rares exceptions comme les grands rassemblements où les personnes sont proches", prolonge Matthieu Calafiore.

"La fin de l'été", c'est également l'objectif annoncé par le président de la République lors duquel un vaccin aura été proposé "à tous les Français adultes qui le souhaitent". Est-ce l'accomplissement de cet objectif qui est évoqué par Alain Fischer pour envisager la fin du port du masque ?

L'inquiétude d'une rentrée scolaire sans masque

Même cette hypothèse ne parvient pas à convaincre les médecins. "Abandonner le masque à la fin de l'été, c'est faire une rentrée scolaire sans masque, alors que la vaccination des mineurs n'aura pas eu lieu sauf à de rares exceptions près. Cela ferait de l'école un lieu de bouillon de virus, avec un risque d'émergence de variant résistant au vaccin. Sans oublier que tous les adultes ne seront peut être pas vaccinés à cette échéance", déplore Matthieu Calafiore. 

Un avis partagé par d'autres médecins sur les réseaux sociaux, qui alertent sur le risque de la fin du masque en septembre et de laisser circuler activement le virus chez les non-vaccinés dont les enfants feront partie.

L'Allemagne veut vacciner tous les adolescents de 12 ans et plus d'ici fin août

Dans cette même interview au Parisien, interrogé sur la vaccination des enfants, le professeur Alain Fischer, reconnaît que "le débat est ouvert", mais que "la discussion aura vraiment lieu cet automne", autrement dit, la vaccination des enfants n'est pas prévue pour cet été.

Un débat retardé alors que d'autres pays ont déjà avancé sur la question. Le Canada vient d'autoriser le vaccin Pfizer aux 12-15 ans, les États-Unis et Israël devraient suivre ces prochains jours. L'Allemagne a annoncé avoir pour objectif de vacciner tous les adolescents de 12 ans et plus d'ici fin août, alors que l'Agence européenne du médicament doit rendre son avis sur la vaccination des 12-15 ans avec Pfizer d'ici au début de l'été. Le vaccin Pfizer est actuellement autorisé aux plus de 16 ans par l'Agence européenne, mais de nombreux pays ont décidé de vacciner à partir de 18 ans pour le moment.

Matthieu Brandely 

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