Covid-19 : pourquoi les Seychelles, leader mondial de la vaccination, se reconfine ?

  
Malgré 60% de la population vaccinée, les Seychelles font face à une nouvelle flambée de contaminations et ont dû fermer les écoles.

Avec plus de 60% de sa population ayant reçu les deux doses de vaccin, les Seychelles sont en tête de la vaccination dans le monde, devant des pays érigés en modèle comme Israël. Le pays a pu compter sur deux vaccins : Covishield, équivalent indien d'AstraZeneca, et le vaccin chinois de Sinopharm, dont l'Inde et les Emirats Arabes Unis ont offert chacun 50 000 doses.

Part de la population vaccinée contre le Covid-19 (deux doses).
Part de la population vaccinée contre le Covid-19 (deux doses).

Fin mars, misant sur une forte vaccination, le pays décide de rouvrir ses frontières aux touristes du monde entier et ne demande qu'un test négatif datant de moins de 72 heures. Seules les frontières avec l'Afrique du Sud restent fermées, en raison du variant qui y circule. Malgré une large couverture vaccinale, la situation épidémique se dégrade depuis la mi-avril. 

D'une quinzaine de nouvelles contaminations par jour le 10 avril, les Seychelles ont enregistré mardi 4 mai 146 nouveaux cas de Covid, pour atteindre plus de 1000 cas actifs. 500 nouveaux cas ont été rapportés entre jeudi et samedi dernier. Ce qui équivaut aux Seychelles, archipel de 98 000 habitants, à plus d'un cas pour 100 habitants.

Face à cette flambée épidémique, les autorités ont dû prendre de nouvelles restrictions pour endiguer la flambée des nouveaux cas. Les écoles ont dû fermer pour trois semaines, les horaires d'ouverture des bars, restaurants et commerces sont restreints et les réunions entre personnes de foyers différents sont maintenant interdites. Un coup dur pour l'archipel, où la part du tourisme dans l'économie est prépondérante avec 65% du PIB.

65% des malades n'étaient pas vaccinés

Une situation qui peut intriguer alors que plus de 60% de la population est vaccinée. Mais la situation est complexe. Parmi les malades, 65% des personnes infectées n'ont pas été vaccinées ou n'ont reçu qu'une dose, ce qui peut expliquer une partie des infections.

L'archipel est coincé entre l'Est de l'Afrique et l'Inde, une situation peu envieuse entre le variant-sud-africain d'un côté et le variant indien de l'autre. Si les frontières avec l'Afrique du Sud demeurent fermées, cela n'a pas empêché le variant sud-africain de pénétrer dans l'archipel.

L'effet du vaccin AstraZeneca, moins efficace face au variant sud-africain

En février, plusieurs tests ont été séquencés. "Sur les 14, quatre échantillons collectés en février avaient la variante sud-africaine tandis que les 10 autres avaient la souche d’origine du virus", expliquaient les autorités sanitaires à l'époque.

Or, le vaccin AstraZeneca, l'un des deux utilisés aux Seychelles, est jugé moins efficace contre les formes légères à modérés causées par ce variant. Au point que l'Afrique du Sud a renoncé au vaccin AstraZeneca.

L'ouverture des frontières aux non-vaccinés a pu jouer un rôle dans l'accélération des contaminations, notamment sous l'effet des variants. Sur les 1 068 cas actifs dans l'archipel, 16% sont des étrangers, selon les autorités.

Le vaccin chinois, à l'efficacité douteuse

Autre élément d'explication, l'utilisation massive du vaccin chinois Sinopharm, qui représentait environ 60% des doses administrées dans le pays mi-avril. Or, les données autour de l'efficacité de ce vaccin sont sujettes à débat, comme les autres vaccins chinois.

Sinopharm affirme que ses deux vaccins inactivés ont des taux d'efficacité de 79 % et 72,5 % sur la souche d'origine du variant, se basant sur des résultats intermédiaires, mais sans donner les résultats de phase 3. Si l'OMS a jugé "sûrs" et "efficaces" les deux vaccins de Sinopharm, l'organisation explique que les données fournies par Sinopharm étaient insuffisantes pour démontrer l’efficacité et la sécurité du vaccin concernant les personnes âgées (plus de 60 ans) et les personnes atteintes par certaines maladies chroniques.

Une troisième dose ?

Au sein même des autorités chinoises, on reconnaît que l'efficacité des vaccins n'est pas optimale. Les vaccins actuellement disponibles "n'ont pas un niveau de protection très élevés", a admis le 10 avril Gao Fu, directeur des centres chinois de contrôle et de prévention des maladies, avant de revenir sur ses propos. 

Les Emirats arabes unis, qui utilisent également le vaccin de Sinopharm, ont expérimenté l'administration de trois injections au lieu de deux. La Chine réfléchit de son côté à faire évoluer le temps entre les deux doses ou à augmenter le nombre de doses, a indiqué Gao Fu.

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