Parler aux Taliban ou non : les pays occidentaux à l'heure du choix

Le porte-parole du département d'État américain Ned Price, le 16 août 2021 à Washington. 
Washington s'est dit prêt, mardi, à maintenir sa présence diplomatique à l'aéroport de Kaboul après le

31 août, à condition que la situation soit "sûre". La Maison Blanche ne s'avance cependant pas sur la nature des futures relations diplomatiques avec les Taliban, alors que l'Union européenne s'est dite prête à "parler avec eux".  

Après deux décennies passées à tenter de vaincre les Taliban, les puissances occidentales sont confrontées au choix difficile d'établir ou non des relations avec le groupe fondamentaliste qui gouverne désormais l'Afghanistan.

Les insurgés semblent déjà recevoir un accueil international plus chaleureux que lors de leur premier régime brutal (1996-2001), la Russie, la Chine et la Turquie ayant salué leurs premières déclarations publiques.

Si les Américains négocient eux avec les Taliban le "calendrier" des évacuations, la Maison Blanche martèle qu'elle attendra en revanche de pouvoir juger sur les actes, notamment sur le respect des droits humains, avant de décider de la nature de leurs futures relations diplomatiques.

"Il reviendra aux Taliban de montrer au reste du monde qui ils sont", a souligné mardi le conseiller du président Joe Biden à la Sécurité nationale, Jake Sullivan.  "Le bilan n'est pas bon, mais il est prématuré" de dire dès maintenant ce qu'il en sera à l'avenir. 

Washington s'est néanmoins dit prêt à maintenir sa présence diplomatique à l'aéroport de Kaboul après la date limite de retrait militaire fixée au 31 août, à condition que la situation soit "sûre", a précisé le porte-parole du département d'État, Ned Price. 

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell l'a lui admis sans détour mardi : "les Taliban ont gagné la guerre. Donc, nous devrons parler avec eux."

Le Canada ne reconnaîtra pas le gouvernement taliban

À l'opposé, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pour sa part annoncé que son pays n'avait "pas l'intention de reconnaître un gouvernement taliban". 

Au Royaume-Uni, qui a suivi la décision des États-Unis en retirant aussi ses troupes, le ministre des affaires étrangères Dominic Raab a admis que "normalement", Londres ne travaillerait pas avec les Taliban.

Mais avec les négociations encore en cours au Qatar pour parvenir à un gouvernement plus représentatif de la société afghane, "nous voulons évaluer s'il y a une possibilité de modérer le type de régime que nous allons désormais voir en place". "Ils sont maintenant au pouvoir et nous devons composer avec cette réalité", a déclaré à Sky News le chef de la diplomatie britannique, en reconnaissant toutefois que les chances étaient minces de voir s'installer un gouvernement inclusif.

Coordonner la décision ?

Seuls trois pays, le Pakistan, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, avaient reconnu le précédent régime taliban, qui avait imposé sa version ultra-rigoriste de la loi islamique. 

Cette fois, le Premier ministre britannique Boris Johnson a rapidement pris les devants pour empêcher le Pakistan, un soutien historique des Taliban, de reconnaître un nouveau gouvernement, en disant à son homologue pakistanais Imran Khan qu'une telle reconnaissance devrait être accordée "sur une base internationale, pas unilatérale".

Par France 24 Avec AFP