Allemagne: une élection, deux coalitions possibles

Quelque 58% des citoyens pensent que la CDU-CSU n'a pas la «légitimité» pour former le prochain gouvernement, selon un sondage INsa pour «Bild». 
Les législatives du 26 septembre marquaient le départ d’Angela Merkel après seize ans au pouvoir à

Berlin. Les sociaux-démocrates sont arrivés en tête devant les conservateurs, mais les candidats à la chancellerie de ces deux partis, Olaf Scholz et Armin Laschet, espèrent former un gouvernement avec les Verts et les libéraux.  

Le SPD, que beaucoup avaient enterré, a confirmé sa résurrection en améliorant en quelques semaines son score dans les sondages de dix points. Avec 25,7%, les sociaux-démocrates augmentent leur résultat – historiquement bas de 2017 – et finissent en tête. C’est la deuxième fois, depuis la fondation de la république fédérale en 1949, que le SPD supplante les chrétiens-démocrates.

Une coalition « feu tricolore »

Le social-démocrate Olaf Scholz, qui espère former un gouvernement avec les Verts et les libéraux, a souligné que les trois partis susceptibles de former une coalition dite « feu tricolore » ont progressé dimanche – plus 12% au total – et incarnent un changement pour le pays. Six Allemands sur dix, dans un sondage réalisé lundi, souhaitent qu’Olaf Scholz devienne chancelier. Il faudra, pour cela, surmonter les divergences entre les trois partis. Elles sont particulièrement importantes entre libéraux et Verts (environnement, politique fiscale, financement des retraites, politique économique et sociale). C’est pourquoi ces deux plus petites forces pourraient, dans un premier temps, discuter ensemble afin de trouver un compromis avant de choisir s’ils s’allient avec les chrétiens et sociaux-démocrates. Une démarche inédite en Allemagne.

Deux autres partis, l’Alternative pour l’Allemagne, AfD, à l’extrême-droite et la gauche radicale Die Linke, sont à nouveau représentés au Bundestag. Mais les électeurs ont sanctionné ces deux forces, qui perdent trois millions de voix. L’AfD reste forte dans ses bastions de l’ex-RDA, à l’Est, et arrive par exemple en première position en Saxe et en Thuringe. Mais le parti n’est pas parvenu à élargir son assise à l’Ouest. Son sujet phare, l’immigration, n’a pas joué un rôle important dans la campagne. Die Linke subit un recul encore plus sévère.

L’Allemagne va donc à nouveau, comme en 2017, patienter avant de disposer d'un nouveau gouvernement. Si des discussions devaient être menées aussi bien par le SPD et par les chrétiens-démocrates, cela pourrait être long. Olaf Scholz a estimé, lundi 27 septembre, qu’il fallait faire en sorte que l’Allemagne ait un nouveau gouvernement avant Noël, mais cela n’est qu’un espoir.

Pour la présidence française de l’Union européenne au premier semestre 2022, il serait préférable d’avoir un partenaire allemand « opérationnel ». Cela vaut aussi pour Berlin pour la direction du G7 l’an prochain. En attendant, Angela Merkel continue de gérer les affaires courantes. 

Par RFI

Olaf Scholz, l'homme de la situation

La performance réalisée dans la dernière ligne droite est avant tout due à la personne du candidat à la chancellerie, Olaf Scholz, plus qu’à l’attractivité de son parti. L’actuel ministre des Finances est perçu comme compétent et bénéficie d’une popularité bien supérieure à celle de ses adversaires. Il incarne la stabilité et la continuité tout en symbolisant en même temps le changement.

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Les chrétiens-démocrates enregistrent le pire score de leur histoire avec 24,1%, soit un recul de neuf points par rapport au résultat déjà mauvais de 2017. L’ère Merkel s’achève donc pour le parti que la chancelière a dirigé durant dix-huit ans par une catastrophe. Le candidat des conservateurs, Armin Laschet, a reconnu un résultat décevant qu’il a cherché à relativiser en mettant en avant une remontée de son parti dans la dernière ligne droite et le fait qu’il aurait empêché une coalition des sociaux-démocrates et des Verts avec le parti de la gauche radicale Die Linke.

Il n’empêche : la défaite d’Armin Laschet est historique. Son manque de popularité et de crédibilité explique largement ce résultat. Son ambition déclarée de constituer une coalition pour se maintenir au pouvoir avec les libéraux et les Verts suscite des réactions négatives. La presse n’est pas tendre ce mardi matin avec le candidat à la chancellerie des chrétiens-démocrates. Le quotidien populaire Bild pronostique en Une « La journée des règlements de compte ». Les commentaires critiquent l’ambition d’Armin Laschet de constituer un gouvernement. « C’est fini », écrit sans appel le Tagesspiegel de Berlin ; le quotidien conservateur Die Welt évoque « L’oncle et ses contes de fée ».

Des responsables du parti réclament plus « d’humilité » et plaident pour un renouvellement et un rajeunissement de la CDU. Deux fédérations des jeunesses chrétiennes démocrates vont plus loin et réclament la démission d’Armin Laschet. Les deux tiers des Allemands souhaitent que le président de la CDU se retire.  

Les Verts et les libéraux du FDP très courtisés

Les deux forces qui arrivent en troisième et quatrième position seront les faiseurs de rois d’une future coalition. Les Verts, tout d’abord, qui réalisent leur meilleur score à une élection nationale, 14,8%, depuis la création du parti il y a plus de quarante ans. Mais les écologistes figuraient en tête il y a six mois dans les sondages lorsque leur candidate à la chancellerie a été désignée. Annalena Baerbock pourrait, d’après des informations de presse, laisser la place comme vice-chancelière dans un futur gouvernement au coprésident des Verts, Robert Habeck, qui avait laissé sa collègue mener la campagne.

Les écologistes ont déjà été au pouvoir au niveau national aux côtés des sociaux-démocrates lorsque Gerhard Schröder était chancelier entre 1998 et 2005. Ils piaffent pour faire leur retour aux affaires à Berlin et notamment œuvrer à la nécessaire transition énergétique, sujet au cœur de leur programme. Les écologistes allemands sont, certes, dans l’opposition au Bundestag depuis 2005, mais ils participent actuellement à onze des seize gouvernements régionaux. Ils disposent donc de nombreux responsables ayant une compétence exécutive.

Les libéraux du FDP veulent aussi revenir aux affaires à Berlin et prouver leur capacité à gérer le pays. Leur dernière participation à un gouvernement entre 2009 et 2013 avec les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel s’est terminée par un fiasco électoral. Le FDP sanctionné n’était pas parvenu à franchir la barre des 5% nécessaires pour être représenté au Bundestag. Après une traversée du désert, le parti faisait un come back il y a quatre ans. Mais en claquant, après les élections de 2017, la porte de négociations pour constituer une coalition entre les chrétiens-démocrates et les Verts, les libéraux égratignaient leur image de parti responsable. D’où l’importance, cet automne, de revenir aux affaires. Avec 11,5% des voix, les libéraux ont légèrement progressé dimanche.