Les plus anciennes preuves d’activité humaine découvertes en Amérique

 Les plus anciennes preuves d’activité humaine découvertes en Amérique 
D'anciennes empreintes de pas humains préservées dans le sol du parc national de White Sands, aux États-Unis, datent de l’ère glaciaire, il y a environ 23 000 ans.

À l’époque, ces empreintes ont été formées dans de la boue molle sur les bords d'un lac peu profond. L’étendue d’eau est maintenant asséchée et fait partie de la plaine d'Alkali Flat, au Nouveau-Mexique.

Avec le temps, les sédiments ont comblé les empreintes et ont durci, les protégeant jusqu'à ce que l'érosion dévoile de nouveau ces témoignages du passé, pour le plus grand plaisir des scientifiques.

Afin de réussir à dater le moment où ces traces ont été réalisées, les géologues Jeff Pigati et Kathleen Springer, du Service géologique des États-Unis (US Geological Survey), ont eu recours à la technique du radiocarbone.

Nos dates maintiennent l'ordre stratigraphique au-dessus et en dessous de plusieurs horizons d'empreintes. C’est un résultat remarquable. Cela correspond à l'apogée du dernier cycle glaciaire, au cours de ce qu'on appelle le dernier maximum glaciaire, et en fait les plus anciennes empreintes humaines connues sur le continent américain, explique Kathleen Springer dans un communiqué.

À en juger par leur taille, les traces de pas seraient principalement celles d'adolescents et de jeunes enfants, avec parfois un adulte.

Des traces d'animaux, mammouths et loups préhistoriques, ont également été identifiées. Certaines, comme celles de paresseux géants, sont même contemporaines et voisines d'empreintes humaines sur les bords du lac.

C'est un site important, car toutes les traces que nous avons trouvées montrent une interaction entre les humains dans le paysage et des animaux disparus comme les mammouths et les paresseux géants, explique Sally Reynolds, chercheuse en paléoécologie des homininés à l'Université de Bournemouth.

Dessin d'enfants regardant des mammouths.

À en juger par leur taille, les traces de pas seraient principalement celles d'adolescents et de jeunes enfants.

Photo : Université Bournemouth

L’humain en Amérique

Au-delà de l'émotion et de l'anecdote, la découverte est déterminante pour le débat qui fait rage sur les origines de l'arrivée d'Homo sapiens en Amérique, le dernier continent peuplé par notre espèce.

Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale durant lequel nos ancêtres auraient franchi un pont terrestre - l'actuel détroit de Béring - pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud.

Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 ans associé à la culture Clovis - du nom d'une ville du Nouveau-Mexique - considérée comme la première culture américaine d'où sont issus les ancêtres des Amérindiens.

Ce modèle de la culture Clovis primitive est remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais généralement cette date n'allait pas au-delà de 16 000 ans, après la fin du dernier maximum glaciaire.

Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l'époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible, ou en tout cas très difficile, toute migration humaine en provenance d'Asie, par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte du Pacifique.

Les découvertes d'empreintes de 23 000 ans laissent donc à penser que l’Homo sapiens était présent bien avant le retrait des glaciers qui couvraient une grande partie du continent.

Ces résultats confirment la présence humaine en Amérique du Nord au cours du dernier maximum glaciaire. Ils ajoutent des preuves de l'ancienneté de la colonisation humaine des Amériques. Ils fournissent aussi une preuve temporelle de la coexistence des premiers habitants avec la mégafaune du Pléistocène, notent les chercheurs.

Le détail de cette étude est publié dans la revue Science (Nouvelle fenêtre) (en anglais)

Par AFP et Radio Canada